Phantasma

P.-S.

φάντασμα : sens trouble provenant du grec ancien, terme connu des historiens d’art, phantasma signifie fantôme de la vision, ou illusion spirituelle. Phénomène ambigu, entre l’oeil et l’esprit, à la fois optique et mental, physique et virtuel. φάντασμα sonne aussi comme le fantasme selon la psychologie moderne...

Cette série de quarante-neuf images photographiques résulte d’une réflexion sur le mythe de Méduse, figure archaïque qui hante depuis longtemps bien des artistes. Connaître l’histoire de Persée contre la Gorgone Méduse semble nécessaire à la compréhension de ces photographies qui, sinon, demeurent autant de disques lumineux au milieu d’indistinctes ténèbres, formant dans l’ensemble un grand spectre coloré. Sans doute est-il important de savoir que ces visuels, d’apparence parfois si picturale, ne sont pas le fruit d’un travail de retouches sophistiquées car leur esthétique singulière procède du dispositif de la prise de vue et reflète un spectacle étrangement réel... Cette aventure fut obsessionnelle, éprouvante, au fil d’une errance solitaire dans une région incertaine à la recherche d’une image-solution.

L’œuvre est présentée comme une énigme, avec plusieurs strates de lectures, à la façon des mythes et des rêves. Indéterminés, ces clichés en tondi rappellent a priori la forme oculaire (l’iris, la rétine...) et renvoient à l’univers intime de la vision -érotisme du regard- du voyeurisme. Ces quarante-neuf oculi sont autant d’ouvertures sur des métaphores qui, selon le point de vue, relèvent du domaine mystique de la divination (le globe de cristal...), du milieu utérin, des mondes célestes (la constellation...) ou marins. Surfaces de projections, miroirs qui, passé le cap d’une potentielle frustration, pourraient permettre d’éveiller les forces de l’imagination.

Enfin, un poème méticuleusement tressé accompagne ces images. Il contient des clefs mais demande lui même d’être déchiffré, pour que la légende reste hermétique comme une musique abstraite.

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