Palimpsestes

P.-S.

« Un palimpseste est un parchemin dont on a gratté la première inscription pour en tracer une autre, qui ne la cache pas tout à fait, en sorte qu’on peut lire, par transparence, l’ancien sous le nouveau. On entendra donc, au figuré, par palimpseste (...) toutes les œuvres dérivées d’une œuvre antérieure... »

Gérard Genette, Palimpsestes.

« Qu’est-ce que le cerveau humain, sinon un palimpseste immense et naturel ? Mon cerveau est un palimpseste et le vôtre aussi, lecteur. Des couches innombrables d’idées, d’images, de sentiments sont tombées successivement sur votre cerveau, aussi doucement que la lumière. Il a semblé que chacune ensevelissait la précédente. Mais aucune en réalité n’a péri. »

Charles Baudelaire, Les Paradis artificiels.

« Parvenu à la fin, je suis au commencement de nouveau. »

Paul Celan, Le Méridien.

Effacer pour écrire… écrire pour effacer… long processus, prodigieux mécanisme de l’écriture.

Après avoir longtemps gommé l’œuvre de Proust, À la recherche du temps perdu, au rythme d’un rituel d’effacement quotidien sur une dizaine d’années, je déambule à présent au milieu des ruines en promeneur solitaire, parmi les décombres du livre effacé, à commencer par les dernières pages du Temps retrouvé, à l’endroit où, suite à la lecture du roman proustien, le gommage scriptoclaste avait mystérieusement débuté.

Tel un copiste médiéval, je reproduis désormais minutieusement, comme une écriture sacrée, les traces du texte gommé, à mi-chemin de la littérature et du dessin, sur des feuilles de papier ou des peaux de parchemin d’où surgissent alors –mémoire d’une époque lointaine, fantômes d’un monde oublié– des images et des mots qui, dans la mise en abîme d’un vaste palimpseste, rappellent à même l’écrit disparu la genèse de son effacement.

JB
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